Site web11 min de lecture

« Mon neveu m'a fait un site gratuitement » : ce que coûte vraiment un site qu'on ne peut plus modifier

Le site n'a rien coûté, il a fait le travail, et ton neveu est quelqu'un de bien. Le problème n'est pas là. Il commence le jour où tu as besoin de changer une ligne et que la seule personne qui sait est devenue injoignable.

Un installateur de chauffage d'une quarantaine d'années, en vêtements de travail gris foncé et casquette, accroupi de dos devant une pompe à chaleur récente posée contre le mur d'une maison contemporaine ; il tient un téléphone et un manomètre numérique, une camionnette blanche aux portes ouvertes est garée dans l'allée et des panneaux solaires noirs couvrent la toiture, en fin d'après-midi de début d'automne.

« Mon neveu m'a fait un site gratuitement. » Tu poses de la pompe à chaleur, du panneau solaire et du chauffage dans un rayon de quarante kilomètres autour de Montluçon. En 2019, le fils de ta sœur, alors en école d'informatique, t'a monté un site en quelques week-ends. Tu lui as offert un repas et un coup de main pour son déménagement. Le site existe, il est en ligne, il dit ce que tu fais. Tu as bien fait, et personne ici ne va te dire le contraire. Le problème n'est pas ton neveu, ni la qualité de son travail. Le problème commence le jour où tu as besoin de changer une ligne et que tu t'aperçois que tu ne peux pas.

Ce que cette solution a de juste

  • Elle t'a fait franchir le pas. Une entreprise avec un site imparfait est visible. Une entreprise sans site ne l'est pas. Entre les deux, l'écart est bien plus grand qu'entre un site amateur et un site professionnel. Ton neveu t'a fait passer de l'invisibilité à l'existence, et c'est la marche la plus haute.
  • Elle n'a rien coûté. Quand on lance une activité ou qu'on sort d'une année difficile, mille euros qu'on ne dépense pas sont mille euros qu'on garde pour un outillage ou une trésorerie. Choisir la gratuité à ce moment-là n'est pas de la radinerie, c'est de la gestion.
  • Elle a souvent été faite avec soin. Un proche qui rend service se donne du mal. Il a mis tes vraies photos, écrit avec tes mots à toi, et pris le temps de comprendre ton métier. Beaucoup de sites facturés n'ont ni l'un ni l'autre.
  • Tu n'as pas signé d'abonnement. C'est un avantage réel, et il faut le dire, parce que le secteur est plein de contrats de trois ans pour un site loué qu'on ne possède jamais. On en parle dans notre article sur refaire son site ou pas. Toi, au moins, tu ne paies rien à personne.

Tout cela reste vrai aujourd'hui. Ce qui suit ne vient pas contredire cette décision, mais décrire ce qui se passe quelques années après, quand la situation a changé sans que personne ne s'en aperçoive.

Le moment où ça se retourne

Il n'y a pas de panne, pas d'alerte, pas de facture. C'est un détail qui déclenche tout. Tu poses désormais de la pompe à chaleur alors que le site ne parle que de chaudières. Tu as changé de numéro de portable. Tu as recruté quelqu'un et tu voudrais l'écrire. Un client te dit que la page de contact ne marche plus sur son téléphone. Tu prends ton téléphone, tu appelles ton neveu, et là, l'une de ces trois choses arrive : il habite à Lyon et travaille soixante heures par semaine, il répond « je regarde ça ce week-end » pendant huit mois, ou vous ne vous parlez plus pour une raison qui n'a rien à voir avec ton site.

Aucun de ces trois cas n'est de sa faute. Il t'a rendu un service, il ne t'a pas signé un contrat de maintenance à vie. C'est bien là le point : un service rendu ne s'accompagne d'aucune obligation, et c'est précisément ce qui le rend fragile pour une entreprise dont la visibilité en dépend.

Le vrai coût : ce ne sont pas les lignes de code, ce sont les accès

Beaucoup de dirigeants croient que le problème serait technique et qu'il faudrait « récupérer le code ». Dans les faits, le code est rarement le sujet. Un site vitrine de six pages peut être reconstruit. Ce qui ne se reconstruit pas, ce sont les comptes qui portent ton identité en ligne, et ils ont souvent été créés avec l'adresse e-mail personnelle de la personne qui t'a rendu service.

  • Le nom de domaine. C'est ton adresse. Il a été acheté chez un registraire, sur un compte qui n'est pas le tien, avec une carte bancaire qui n'est pas la tienne. Il se renouvelle chaque année. Le jour où le renouvellement échoue parce que la carte a expiré, ton adresse s'éteint, et le courrier qui prévient part sur une boîte que tu ne lis pas.
  • L'hébergement. C'est le local où le site est stocké. Même logique : un compte, un moyen de paiement, une adresse e-mail d'alerte. Certains hébergements gratuits ferment ou changent de conditions, et le site disparaît sans que personne ne soit prévenu.
  • La messagerie professionnelle. Si tes e-mails passent par une adresse liée au domaine, c'est le même compte qui les tient. Perdre le domaine, c'est perdre l'adresse à laquelle tes clients t'écrivent, et cela, aucun prestataire ne peut te le rendre.
  • L'outil de construction. Si le site a été fait avec un système de gestion de contenu ou un constructeur en ligne, il existe un identifiant administrateur. Sans lui, personne ne peut rien modifier, même quelqu'un de compétent.
  • La fiche Google Business Profile. C'est l'élément le plus fréquemment oublié, et souvent le plus important pour une entreprise locale. Si elle est rattachée au compte Google de ton neveu, tu ne peux ni changer tes horaires, ni répondre à un avis. La marche à suivre pour la revendiquer est dans notre article sur la fiche Google Business Profile.
  • Les comptes de réseaux sociaux. Une page professionnelle a un propriétaire et des administrateurs. Si tu n'es ni l'un ni l'autre, tu es invité sur ta propre page.

Aucun de ces six points n'est technique. Ce sont des questions de propriété, et elles se règlent avec une conversation, pas avec un développeur.

Ce que le silence coûte, année après année

  • Le site dit ce que tu faisais, pas ce que tu fais. C'est le coût le plus lourd et le plus discret. Tu as ajouté la pompe à chaleur, le photovoltaïque, l'entretien annuel. Le site parle encore de ce que tu proposais il y a six ans. Les clients qui cherchent ce que tu sais faire aujourd'hui ne te trouvent pas, et ceux qui te trouvent te croient sur un métier que tu ne fais plus.
  • Une information fausse fait plus de mal qu'une absence. Un numéro qui ne répond plus, un formulaire qui n'envoie rien, des horaires périmés : le visiteur ne se dit pas que le site est vieux, il se dit que l'entreprise a fermé ou qu'elle ne répond pas. Et il appelle le suivant.
  • Le référencement s'érode doucement. Un site que personne ne met à jour perd des positions au fil des mois pendant qu'un concurrent qui ajoute des pages en gagne. Ce n'est pas brutal, c'est lent, et on s'en aperçoit quand le téléphone sonne moins sans qu'on sache pourquoi.
  • Les IA lisent un site figé et le répètent. Quand quelqu'un demande à ChatGPT ou à Gemini qui installe des pompes à chaleur dans son secteur, la réponse s'appuie sur ce qui est lisible en ligne. Un site qui ne mentionne pas cette prestation ne sera pas cité pour elle. Le sujet est détaillé dans notre article sur être recommandé par ChatGPT.
  • Tu finis par éviter ton propre site. C'est ce que les dirigeants nous décrivent le plus souvent : à force de ne pas pouvoir le modifier, on cesse d'en parler, on ne le met plus sur les devis, on ne le cite plus au téléphone. Il existe encore, mais il ne sert plus à rien.
  • La relation familiale prend le poids. Relancer un proche tous les six mois pour un service qu'il a rendu gratuitement finit par gêner tout le monde. Beaucoup de gens préfèrent laisser le site pourrir plutôt que de demander une fois de plus.

Ce que tu peux faire cette semaine, sans budget et sans technicien

  1. Appelle ton neveu avant d'en avoir besoin. C'est le geste le plus utile de toute cette liste, et c'est le seul qui devient impossible si tu attends. Le cadre est simple et sans reproche : « tu m'as rendu un fier service, je voudrais juste mettre les comptes à mon nom pour ne plus avoir à te déranger ». Personne ne prend mal une phrase comme celle-là.
  2. Demande la liste écrite des six accès. Domaine, hébergement, messagerie, outil du site, fiche Google, réseaux sociaux. Pour chacun : le nom du service, l'adresse e-mail du compte, et qui paie. Un simple message suffit. Ce papier vaut plus que le site lui-même.
  3. Crée une adresse e-mail d'entreprise qui ne dépend de personne. Une adresse à toi, que tu relèves, et qui servira de compte de secours à tous les services. C'est sur cette adresse qu'arriveront les alertes de renouvellement du domaine. Sans elle, le reste ne tient pas.
  4. Fais transférer le nom de domaine à ton nom. C'est l'opération la plus importante et elle est prévue pour : tous les registraires permettent de changer le titulaire ou de transférer un domaine vers un autre compte. Ton neveu peut le faire en vingt minutes. Ensuite, mets ton propre moyen de paiement et le renouvellement automatique.
  5. Revendique ta fiche Google Business Profile. Elle est gratuite, elle s'affiche avant ton site, et elle porte tes horaires, ton numéro, tes photos et tes avis. Même si le site reste figé, une fiche à jour te permet de corriger l'essentiel de ce que les gens voient.
  6. Écris ce qui a changé dans ton activité. Sur une feuille : les prestations ajoutées depuis la création du site, celles que tu ne fais plus, le bon numéro, les vraies zones d'intervention. Ce document sert quoi qu'il arrive, que tu reprennes le site existant ou que tu en refasses un. C'est la moitié du travail.

Une fois les accès récupérés, trois issues possibles

Récupérer les accès ne veut pas dire refaire le site. Selon son état, trois chemins existent, et le plus cher n'est pas toujours le bon.

  1. Tu gardes le site tel quel. S'il s'affiche correctement sur un téléphone, qu'il dit encore la vérité sur ton métier et que le formulaire fonctionne, il n'y a rien à faire d'autre que de tenir les accès et la fiche Google. Un site simple et juste vaut mieux qu'une refonte qu'on ne demande pas.
  2. Tu reprends l'existant pour le rendre modifiable. C'est le cas fréquent : la structure tient, mais personne ne peut y toucher. Il s'agit alors de le remettre dans un système où tu changes toi-même un horaire ou une photo, et de corriger ce qui est faux. Moins lourd qu'une refonte, et cela conserve ce que Google connaît déjà de ton site.
  3. Tu refais, en gardant le domaine. Si le site ne s'affiche pas sur mobile, que la moitié de ton activité n'y figure pas ou qu'il repose sur une technologie qu'on ne peut plus maintenir, refaire est plus sain. Le point à ne pas rater est la conservation du nom de domaine et des redirections, pour ne pas perdre l'ancienneté acquise. C'est ce que nous détaillons sur notre page création de site web.

Dans les trois cas, la règle que nous appliquons est la même : le domaine, l'hébergement, les contenus et les accès sont à ton nom, documentés en français, sans abonnement obligatoire. Si tu veux partir un jour, tu pars avec tout. Ce n'est pas une faveur, c'est la condition pour que ce qui t'est arrivé une fois ne se reproduise pas avec un prestataire payant, ce qui est bien plus courant qu'on ne le croit.

À qui ce raisonnement ne s'adresse pas

  • Ton neveu est toujours disponible et réactif. Si tu lui envoies un message et que la modification est faite dans la semaine, tu n'as aucun problème à régler. Mets simplement les six accès à ton nom, par précaution et pour le soulager, et n'y touche plus.
  • Le site est juste et tu n'as rien à y changer. Une activité stable, les mêmes prestations depuis dix ans, un numéro qui ne bouge pas : un site figé n'est pas un problème tant que ce qu'il dit reste vrai. Surveille seulement le renouvellement du domaine.
  • Tu arrêtes ou tu cèdes l'entreprise dans l'année. Une refonte ne se rentabilise pas sur quelques mois. En revanche, récupère les accès quoi qu'il arrive : un repreneur qui hérite d'un domaine au nom d'un tiers injoignable hérite d'un vrai problème.
  • Ton activité ne dépend pas de ta visibilité en ligne. Sous-traitance exclusive, marchés publics, clientèle historique fermée : dans ces cas, le site pèse peu. Une fiche Google propre et un domaine à ton nom suffisent, et on préfère te le dire plutôt que de te vendre autre chose.

Tu n'as pas fait d'erreur en acceptant ce service. La seule erreur possible serait d'attendre le jour où tu as besoin d'une modification urgente pour découvrir qui détient quoi. Prends une demi-heure cette semaine, passe l'appel pendant que la relation est bonne, et note les six accès sur une feuille. Que tu refasses ton site un jour ou jamais, cette feuille est ce qui appartient vraiment à ton entreprise.

Les questions qu'on nous pose.

En séparant clairement le service rendu et la question de propriété. La formulation qui passe partout tient en une phrase : « tu m'as rendu un fier service et le site tourne bien, je voudrais juste mettre les comptes au nom de l'entreprise pour ne plus avoir à te déranger à chaque détail ». Tu ne remets pas son travail en cause, tu le libères d'une obligation qu'il n'a jamais demandée. Demande ensuite une liste écrite des six accès : domaine, hébergement, messagerie, outil du site, fiche Google, réseaux sociaux. La plupart des gens sont soulagés qu'on leur retire cette charge.

Tu veux savoir où tu en es, toi ?

On regarde ta visibilité réelle ensemble : ce que voient tes clients quand ils te cherchent, et ce que ça te coûte aujourd'hui. Gratuit, sans engagement.

En parler sur WhatsApp

On relève ton commerce ?

Diagnostic gratuit. Réponse franche. Si on ne peut pas t'aider, on te le dit.